« 29 décembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 203-204], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6206, page consultée le 04 mai 2026.
29 décembre [1844], dimanche soir, 6 h. ¼
J’étais en retard ce matin, mon cher bien-aimé ; et je t’avais demandé crédit jusqu’à
ce soir, pensant bien que tu ne me refuserais pas. Je ne me suis pas trompée, je
l’espère. Tu es digne de cette MARQUE DE CONFIANCE et je te l’ai donnée.
Je
viens de voir Mme Luthereau qui a fait des folies comme toujours. J’espère cependant pour
elle que c’est une occasion, un échange de bric et de broc qu’elle aura fait sans
dépenser d’argent. Enfin voilà elle m’a apporté une garniture de toilette presque
complète en porcelaine anglaise. Plus un petit album de musique pour Claire. Je t’avoue que je n’ai pas pu m’empêcher de
manifester du mécontentement en voyant cela. Elle a parua peu satisfaite de mon accueil mais en
vérité je l’aime trop pour ne pas blâmer de pareilles folies dans sa position. Enfin
c’est fait et je ne peux plus l’empêcher maintenant. Le parrain a envoyé un sac de
bonbons Manière et de mauvais goût, le sac, car je n’ai pas vu encore les bonbons
qui
sont dedans. Celui-là ne s’est pas ruiné et reste dans des limites parfaitement
raisonnables, ce dont je l’approuve. Du reste, Mme Luthereau est dans le ravissement
de son livre1 et de sa corbeille, son livre surtout. Elle en a
même baisé l’autographe dans son enthousiasme pour la
RELIURE. Je ne veux pas vous donner de fatuité. Je n’ai PAS BESOIN moi de faire des
réclames en faveur des FAUMES passionnées qui
vous adorent. Vous savez bien assez les découvrir sans que je vous y aide.
Taisez-vous, scélérat, vous savez bien que c’est vrai. Taisez-vous et baisez-moi.
Hum !… Que je vous y prenne et puis vous verrez ce que je ferai.
Cher petit
bien-aimé, est-ce que je ne vous verrai pas bientôt ? Je t’ai bien peu vu tantôt,
mon
adoré bien-aimé, est-ce que je ne te verrai pas tout à l’heure avant ton dîner ? Ce
sera bien CHESSE pour un dimanche. Tâche de
venir, mon petit bien-aimé, tu me combleras de joie. En attendant, et pour me faire
prendre patience, je regarde tes deux ravissants petits portraits et je pense à ma
chère petite lettre d’étrennes. Quel bonheur de recevoir, de
lire, de baiser et de dévorer tes sublimes petites pattes de mouches. Je voudrais
y
être quitte à me quadragénérer de trois jours de plus et à
m’engriffagner encore davantage. C’est si bon une lettre
de toi ! Il n’y a que toi qui sois plus doux, plus charmant et plus adoré qu’elle.
J’en aurai une dans trois jours. QUEL BONHEUR !!!!!!!
Juliette
1 Elle a reçu de la part de Juliette un exemplaire illustré et relié de Notre-Dame de Paris offert par Victor Hugo (édition Furne de 1840).
a « parue ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
